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Hervé Lewandowski : « Anatole représente le XXe siècle »




Après un automne au Lucernaire à Paris, la pièce musical qui joue un tour au temps vous attend au Festival OFF d'Avignon dès le 7 juillet. Rendez-vous au Théâtre L'Arrache-cœur.


On y découvrira le romantisme de Vienne au XXe siècle, on y dansera sous les airs d'Offenbach et bien sûr, on y parlera d'amour, comme une intemporelle ritournelle qui envoute puis disparait.


Qui est Anatole ? Comment cette histoire née à la fin du XIXe siècle trouve-t-elle une nouvelle interprétation ? Interview d'Hervé Lewandowski, metteur en scène de la pièce.


Hervé, tu es le metteur en scène du Jeu d’Anatole. Peux-tu te présenter ?


Je fais de la scène depuis l’âge de 15 ans et j’ai eu une formation pluridisciplinaire en chant, théâtre et en danse. J’ai eu la chance de jouer dans de merveilleux spectacles comme Le Roi Lion, Un violon sur le toit, Next to normal, Avenue Q, Chance, Mamma Mia, de mettre en scène des spectacles tels que Hair et Rent et de m’amuser dans l’exercice de former des acteurs à chanter et des chanteurs à jouer.


Pourquoi avoir choisi de mettre en scène cette histoire d’Arthur Schnitzler ?


Le spectacle est une adaptation de de la comédie musicale de Tom Jones et Nancy Ford brillamment adapté par Stéphane Laporte. J’ai été cueilli par son texte que j’ai eu la chance de jouer dans D’amour et d’Offenbach (le titre original français) en 2007 dans la version de Jean-Luc Revol. Son thème est intemporel… l’amour ! Anatole est un grand séducteur, dont Schnitzler décrit les démêlés amoureux avec beaucoup d’humour, de légèreté, de subtilité et d’élégance : un vrai bijou. Le spectacle offre l’avantage d’avoir une réelle écriture théâtrale mêlé à la richesse musicale du répertoire de Jacques Offenbach.





Comment cette version se différencie-t-elle des précédentes adaptations ?


Le parti pris de cette nouvelle version est de transposer les différents tableaux à des époques marquantes du XXème siècle et d’y ajouter une création sonore adaptée.


Transposer l’histoire à 5 époques différentes semble être un défi de mise en scène. Peux-tu nous expliquer ton cheminement ?


Utiliser ce procédé était pour moi une façon de souligner l’aspect intemporel des manèges de l’amour et que les histoires se répètent quelles que soient les époques et les situations.


Pourquoi avoir choisi de faire jouer les 5 rôles féminins par une seule et même comédienne ?


L’idée n’est pas de moi, il y a déjà eu des adaptations théâtrales utilisant ce procédé. Que ces femmes soient toutes interprétées par la même comédienne permet de puiser dans la diversité du registre théâtral, ce qui en plus est délicieux à jouer. Les femmes que poursuit le pauvre Anatole sont, bien sûr, « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ».





Cruel, plutôt égoïste, Anatole n’est-il qu’un goujat qui collectionne les maîtresses ? Quel regard portes-tu sur le personnage ?


Anatole est un homme à femmes et il sait ce que séduire veut dire. Chacune des scènes montre le fait que cela ne marche pas, que cela ne colle pas, soit parce que les femmes qu’il aime sont mariées, ou bien qu’elles lui sont infidèles ou le fatiguent.


Le parcours d’Anatole s’apparente au destin tragique de ceux qui cèdent à leurs passions. Il cherche à jouer un tour au temps en trompant la mort. Ce « mélancolique inconstant » , comme le définit Schnitzler, est lâche, cynique, sentimental, jaloux, névrosé, pathétique, frivole. En un mot, c’est un personnage de théâtre éminemment sympathique.



Le personnage d’Anatole a été créé à la fin du XIXe siècle. Il est alors devenu l'emblème d’une génération viennoise de jeunes bourgeois. À quoi ressemblerait Anatole si la pièce se déroulait en 2020 ?


Anatole représente le XXe siècle et inversement. Même si les mœurs ont évoluées, chacun tente toujours de démêler ce qu’il y a sous les faux-semblants de l’autre. Ces histoires pourraient se passer au Moyen Âge ou dans un futur lointain, ça aurait le même sens.


Comment résumerais-tu le message de la pièce ?


Anatole dirait sûrement que « la femme est une énigme ». Max, nous inviter à « croire leurs voix, jamais leurs yeux », Annie nous dit que « les hommes sont encore pires que les femmes ». À vous de vous faire votre avis !


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